Comprendre et agir au quotidien

Monoxyde de carbone : comment éviter l’intoxication chez soi cet hiver ?

Chaudière, poêle, chauffage d'appoint : chaque hiver, le monoxyde de carbone intoxique des foyers entiers sans se faire remarquer. Entretien obligatoire, durée d'usage, détecteur et réflexes d'urgence décident du risque.

Technicien accroupi mesurant une chaudière murale ouverte avec un analyseur, sous le regard d'une femme, dans une cuisine
L'entretien annuel obligatoire de la chaudière comprend une mesure du taux de monoxyde de carbone, seul moyen de déceler un appareil défaillant.
Révéler les sections Dissimuler les sections

Maux de tête, nausées, fatigue inhabituelle : chaque hiver, des familles entières prennent pour une gastro ce qui est en réalité une intoxication au monoxyde de carbone. Ce gaz, désigné par sa formule CO, naît de toute combustion incomplète, qu’elle vienne d’une chaudière, d’un poêle ou d’un brasero. Il provoque environ 3 000 intoxications et une centaine de décès chaque année en France, selon les autorités sanitaires.

La parade tient en quatre gestes : faire entretenir chaque année ses appareils à combustion, aérer tous les jours, ne jamais se chauffer avec un appareil prévu pour autre chose et quitter le logement au moindre doute. L’Agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d’Azur a rappelé ces consignes le 29 octobre 2026, au moment où la saison de chauffe redémarre. Quels appareils surveiller, combien de temps utiliser un chauffage d’appoint, quand un détecteur devient-il utile : comment passer l’hiver sans risque, concrètement ?

Pourquoi le monoxyde de carbone est-il si difficile à repérer ?

Le monoxyde de carbone ne se voit pas, ne se sent pas et n’irrite ni les yeux ni la gorge. L’ARS PACA le décrit comme un gaz toxique, invisible, inodore et non irritant, si bien qu’on peut respirer pendant des heures un air dangereux sans rien percevoir. Seuls les symptômes, ou l’alarme d’un détecteur, donnent l’alerte.

Une fois inhalé, le gaz prend la place de l’oxygène dans le sang. Le centre antipoison de Paris rappelle que le CO se lie à l’hémoglobine et bloque le transport de l’oxygène vers le cerveau et le cœur. Les premiers signes ressemblent à ceux d’une grippe ou d’une gastro-entérite, d’où des diagnostics souvent manqués aux urgences comme chez le médecin traitant.

Les maux de tête sont les symptômes les plus fréquents, ainsi que les vertiges ou une sensation de faiblesse musculaire.

Laurine Le Visage-Perivier, pharmacienne praticienne en toxicovigilance au centre antipoison de Paris (hôpital Fernand-Widal, AP-HP), dans le communiqué de l’ARS Île-de-France du 20 octobre 2026

Les conséquences ne s’arrêtent pas à la sortie de l’hôpital. La même praticienne prévient que ces intoxications peuvent entraîner des séquelles à vie, en particulier chez les femmes enceintes, les nourrissons et les personnes âgées. Encore faut-il savoir d’où vient le gaz dans un logement ordinaire.

Chaudière, brasero, groupe électrogène : les sources d’intoxication les plus fréquentes

En Île-de-France, l’ARS a recensé 227 épisodes d’intoxication et 604 victimes en 2025, dont sept décès. Le détail par origine dessine la liste des appareils à surveiller en priorité :

  • les chaudières et chauffe-eau défectueux, à l’origine de 58 % des cas franciliens ;
  • les braseros et barbecues allumés à l’intérieur, avec les chauffages d’appoint mal utilisés, qui pèsent 23 % des cas ;
  • les poêles, inserts et cheminées dont le conduit de fumée n’a pas été ramoné ;
  • les groupes électrogènes installés dans un garage, une cave ou un abri fermé ;
  • les moteurs de voiture qui tournent dans un garage clos.

Ces chiffres renversent une idée reçue : le danger vient d’abord d’un appareil fixe mal entretenu, bien avant le brasero improvisé. Une chaudière qui semble fonctionner normalement peut dégager du CO pendant des semaines, ce que seul un contrôle mesure, et c’est précisément l’objet de la visite annuelle.

L’entretien annuel de la chaudière est-il obligatoire ?

Oui, l’entretien est obligatoire chaque année pour toute chaudière au fioul, au gaz, au bois, au charbon ou multicombustible d’une puissance comprise entre 4 et 400 kW, en vertu des articles R224-41-4 à R224-41-9 du Code de l’environnement. Le chauffagiste remet une attestation sous 15 jours et mesure le taux de CO, lu selon trois seuils.

Taux de CO mesuréDiagnosticConséquence
Moins de 10 ppmNormalAucune intervention
De 10 à 50 ppmAnormalVérification du tirage du conduit et de la ventilation
50 ppm ou plusDanger grave et immédiatChaudière mise à l’arrêt jusqu’à sa réparation

Le locataire organise lui-même cet entretien, sauf clause contraire du bail, et doit conserver l’attestation pendant au moins deux ans, rappelle Service-Public. Aucune amende ne sanctionne l’oubli, mais le bailleur peut retenir le coût de la visite sur le dépôt de garantie, et l’assureur refuser d’indemniser un sinistre causé par une chaudière non entretenue.

Les poêles et cheminées obéissent à la même logique : l’ARS Île-de-France demande de faire ramoner mécaniquement tous les conduits de fumées par un professionnel qualifié, au moins une fois par an selon les consignes reprises en Bourgogne-Franche-Comté. Ces appareils restent pourtant moins dangereux que ceux qu’on allume ponctuellement pour se réchauffer.

Combien de temps peut-on utiliser un chauffage d’appoint à combustion ?

Quelques heures par jour au maximum, jamais en continu. L’ARS Île-de-France limite les chauffages d’appoint à combustion à quelques heures par jour dans une pièce aérée, et le site ToutMontbeliard.com retient un plafond de deux heures d’affilée. Un appareil de cuisson, un brasero ou un barbecue ne doit jamais servir à chauffer un logement.

L’aération complète cette règle. L’ARS Nouvelle-Aquitaine conseille d’ouvrir les fenêtres au moins dix minutes chaque jour, même par grand froid, et de ne jamais boucher les grilles d’entrée ou de sortie d’air. Le réflexe vaut aussi par temps humide, puisqu’il faut aérer son logement même quand il pleut pour renouveler un air chargé en polluants.

ConsoMag, le programme de l’Institut national de la consommation, détaille les gestes qui évitent une intoxication au monoxyde de carbone.

Les fêtes de famille appellent une vigilance particulière. L’ARS PACA demande aux organisateurs de surveiller les chauffages radiants au gaz et la ventilation des pièces où beaucoup de convives se réunissent, et rappelle que les groupes électrogènes se placent toujours à l’extérieur des bâtiments. Même bien utilisés, ces appareils justifient une sécurité de plus.

Faut-il installer un détecteur de monoxyde de carbone ?

Oui, c’est utile, même si ce n’est pas obligatoire. Contrairement au détecteur de fumée, imposé dans les logements depuis le 8 mars 2015, le détecteur de CO reste facultatif en France, alors qu’il est le seul moyen d’être alerté pendant le sommeil. Il faut choisir un modèle marqué NF EN 50291, la norme européenne de ces appareils.

Le site Neozone, qui s’appuie sur les recommandations du Sdis de Seine-Maritime, conseille de le fixer à hauteur des voies respiratoires, près de l’appareil à combustion, et de tester l’alarme une fois par mois. Ce test fait partie des gestes de la remise en route d’un poêle à granulés, mais le détecteur ne remplace ni l’entretien ni l’aération : une alarme qui sonne impose de sortir, pas de chercher la panne.

Les réflexes à avoir en cas de suspicion d’intoxication

L’ARS PACA retient trois signaux d’alerte : des symptômes qui apparaissent pendant qu’un appareil à combustion fonctionne, plusieurs personnes malades au même endroit, ou l’alarme d’un détecteur. Dans ces cas, l’ordre des gestes compte :

  1. ouvrir portes et fenêtres, seulement si cela ne retarde pas la sortie ;
  2. arrêter les appareils à combustion, si c’est possible sans danger ;
  3. évacuer immédiatement le logement avec tous ses occupants ;
  4. appeler depuis l’extérieur le 15, le 18 ou le 112, ou le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes ;
  5. ne pas rentrer avant l’avis d’un professionnel qualifié.

Le deuxième signal mérite qu’on s’y arrête. En rapportant les victimes aux épisodes, on obtient 2,7 personnes intoxiquées par épisode en Île-de-France en 2025, et 3,8 en PACA sur la saison 2025-2026, avec 183 personnes pour 48 épisodes. Le CO frappe rarement une personne seule : il touche un foyer entier, ce qui fait de l’évacuation collective le geste décisif.

Des victimes plus nombreuses à chaque saison de chauffe

En PACA, le nombre de personnes intoxiquées est passé de 137 sur la saison 2022-2023 à 183 sur la saison 2025-2026, soit une hausse d’un tiers en trois hivers, alors que le nombre d’épisodes reste à peu près stable. Chaque accident touche donc davantage de monde, ce qui renvoie aux appareils qui chauffent toute une maisonnée : la chaudière, le poêle du séjour, le chauffage d’appoint sorti pour un repas de famille.

Entre une visite d’entretien, un ramonage et un détecteur, la prévention tient en trois dépenses prévisibles, quand une intoxication se compte en hospitalisations : près de 85 % des victimes franciliennes de 2025 ont été hospitalisées. Les premiers froids sont aussi le moment où se rallument des appareils restés à l’arrêt depuis le printemps, et c’est à ce moment-là que leur état se joue.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article

Vous aimez cet article ? Partagez !