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- D’où vient le cadmium présent dans la terre d’un potager ?
- Quelle teneur en cadmium les engrais phosphatés pourront-ils contenir à partir de 2027 ?
- Combien de cadmium un engrais universel apporte-t-il à un potager de 100 m² ?
- Comment fertiliser son potager en apportant moins de cadmium ?
- Quels légumes du potager concentrent le plus de cadmium ?
- Peut-on faire mesurer le cadmium accumulé dans son organisme ?
- Une terre qui garde la mémoire de chaque sac d’engrais
Un sac d’engrais universel apporte du phosphore, et avec lui du cadmium, un métal lourd que les plantes puisent dans la terre et que l’organisme stocke pendant des décennies. Pour en apporter moins, la réponse tient en trois gestes : ne mettre du phosphore que si la terre en manque, privilégier le compost et garder un sol proche de la neutralité.
Les engrais minéraux phosphatés sont la principale porte d’entrée du cadmium dans les sols cultivés, et l’État a publié le 2 octobre 2026 une trajectoire qui va diviser par plus de quatre la teneur autorisée d’ici 2030. Que vaut ce calendrier pour un jardin familial, et comment fertiliser dès maintenant sans charger sa terre ?
D’où vient le cadmium présent dans la terre d’un potager ?
Le cadmium des terres cultivées vient d’abord des engrais minéraux phosphatés, qui fournissent 50 à 70 % du cadmium entrant dans les sols agricoles selon l’Inrae, cité par L’info durable. Ces apports représentent 0,5 à 1 g par hectare et par an, soit environ 0,1 % du stock déjà présent dans le sol.
Le reste est plus ancien : fond géologique des sols calcaires de Champagne ou du Jura, retombées industrielles du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, engrais phosphatés épandus tout au long du XXe siècle. Le métal ne disparaît pas : il passe dans les plantes, puis dans l’assiette.
D’après l’Anses, l’alimentation représente jusqu’à 98 % de la charge corporelle en cadmium chez les non-fumeurs. Céréales, pain, pâtes, pommes de terre et certains légumes en sont les premiers contributeurs, ce qui explique le durcissement des règles sur les engrais.
Quelle teneur en cadmium les engrais phosphatés pourront-ils contenir à partir de 2027 ?
À partir du 1er janvier 2027, un engrais phosphaté ne pourra plus dépasser 60 mg de cadmium par kilo de P2O5, contre 90 mg aujourd’hui. Fixé par les textes parus au Journal officiel du 2 octobre 2026, le seuil baissera ensuite par paliers jusqu’en 2030, selon ce calendrier :
- jusqu’au 31 décembre 2026 : 90 mg/kg de P2O5, la limite actuelle ;
- 1er janvier 2027 : 60 mg/kg, alignement sur le règlement européen 2019/1009 ;
- 1er janvier 2028 : 40 mg/kg ;
- 1er janvier 2030 : 20 mg/kg, la valeur que l’Anses recommandait dès 2019 ;
- en parallèle, un plafond de 3 g de cadmium par hectare et par an pour les apports d’engrais minéraux.
L’Anses va plus loin et recommande de limiter les apports à 2 g de cadmium par hectare et par an. L’échéance de 2030 remplace une cible initialement fixée à 2038. Encore faut-il traduire ces chiffres agricoles à l’échelle d’un carré de légumes.
Combien de cadmium un engrais universel apporte-t-il à un potager de 100 m² ?
Un potager de 100 m² nourri à l’engrais universel NPK 15-15-15 peut recevoir jusqu’à 54 mg de cadmium par an au seuil actuel, près de trois fois la dose recommandée par l’Anses. Le calcul retient la couverture annoncée par la fiche Bricomarché d’un sac Starjardin de 5 kg, soit 125 m², donc 40 g par m².
| Seuil en vigueur | Teneur maximale (mg/kg de P2O5) | Cadmium apporté sur 100 m² par an | Écart avec la recommandation Anses (20 mg) |
|---|---|---|---|
| Aujourd’hui | 90 | 54 mg | 2,7 fois plus |
| 1er janvier 2027 | 60 | 36 mg | 1,8 fois plus |
| 1er janvier 2028 | 40 | 24 mg | 1,2 fois plus |
| 1er janvier 2030 | 20 | 12 mg | 40 % de moins |
Le détail tient en peu de lignes : 4 kg d’engrais sur 100 m², dont 15 % de P2O5, apportent 0,6 kg de P2O5. Multipliée par la teneur plafond, cette masse donne le cadmium apporté, à comparer aux 20 mg que représentent 2 g par hectare rapportés à 100 m².
Ces chiffres restent des maxima : la teneur réelle d’un sac ne figure pas sur la fiche produit consultée et peut être bien inférieure. Le levier le plus sûr reste la quantité de phosphore apportée.
Comment fertiliser son potager en apportant moins de cadmium ?
La méthode la plus efficace consiste à n’apporter du phosphore que lorsque la terre en manque, car le cadmium voyage avec lui. Les grandes cultures l’ont déjà fait : selon Arvalis, 62 % des surfaces de blé tendre ne recevaient aucun phosphate en 2021, et les livraisons d’engrais phosphatés ont chuté de 67 % en 25 ans.
Une analyse de terre indique si le phosphore fait réellement défaut. Le deuxième chiffre de la formule NPK donne le pourcentage de P2O5 : un engrais 10-5-15 apporte trois fois moins de phosphore qu’un 15-15-15 à dose égale, et mécaniquement moins de cadmium au même plafond.
Le compost de déchets verts joue un double rôle : il nourrit le sol et, d’après les chercheurs Aurélie Pelfrêne et Francis Douay dans la revue Jardins de France, il contribue à immobiliser les métaux dans la terre. Les légumineuses, le lupin blanc ou le sarrasin, que L’info durable cite pour réduire les engrais de synthèse, trouvent leur place dans le calendrier des semis d’automne.
Quels légumes du potager concentrent le plus de cadmium ?
Les légumes racines et certaines feuilles concentrent davantage de cadmium que les fruits, qui en accumulent le moins. Selon Jardins de France, la revue de la Société nationale d’horticulture de France, l’ail, l’épinard, le céleri et les aromatiques comme le thym figurent parmi les plus exposés, tout comme la carotte, le poireau et la pomme de terre.
Sur une terre suspecte, la même source oriente vers la tomate, le concombre ou le pommier. Le pH compte aussi : Arvalis recommande de maintenir un pH proche de la neutralité pour limiter la biodisponibilité du cadmium, et le chaulage d’une terre acide va dans ce sens. Réussir une plantation de poireaux en pleine terre passe aussi par cette surveillance de l’acidité.
Le lavage ne fait pas tout. Une troisième eau de rinçage ne change presque rien au cadmium des feuilles, absorbé par les racines, contrairement au plomb de surface, et l’épluchage reste utile. Pour situer le risque, Arvalis mesure en moyenne 0,026 mg/kg dans les pommes de terre de consommation, plus de trois fois sous la limite réglementaire.
Peut-on faire mesurer le cadmium accumulé dans son organisme ?
Oui, un dosage du cadmium urinaire est remboursé à 60 % par l’Assurance maladie depuis le 16 juin 2026, sur prescription médicale, pour les personnes surexposées du fait de leur lieu de résidence. Il vise les habitants d’un secteur au sol reconnu pollué par les autorités, la complémentaire couvrant le reste.
Le test commence par une cadmiurie en laboratoire de ville, complétée si besoin par un dosage sanguin, et laisse au patient la participation forfaitaire de 2 €. Pour la population générale, l’Anses estime qu’une part significative des Français dépasse déjà ses valeurs de référence, fixées pour ne pas être franchies à 60 ans.
Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population
Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise à l’Anses, communiqué de l’Anses du 25 mars 2026
L’agence conseille de limiter les produits à base de blé, comme les céréales du petit-déjeuner et les biscuits, et de remplacer une partie des pâtes par des légumineuses, soit 2 leviers à table qui complètent ceux du jardin.
Une terre qui garde la mémoire de chaque sac d’engrais
Le calendrier réglementaire avance par paliers jusqu’en 2030, mais le cadmium déjà présent dans le sol y restera. Thibault Sterckeman, chercheur à l’Inrae, prévient dans L’info durable que la décontamination des sols agricoles en France n’est pas pour demain, les techniques disponibles étant souvent inadaptées aux terres cultivées.
À l’échelle d’un potager, chaque saison compte double : ce qui n’entre pas cette année ne s’accumulera pas les suivantes. Entre un sac d’engrais universel et un tas de compost, l’écart se mesure en dizaines de milligrammes, mais il s’additionne sur des décennies de récoltes servies à la même table, comme pour les autres contaminants du quotidien dont le geste fixe la dose.

