Comprendre et agir au quotidien

Comment trouver un médecin traitant quand aucun n’accepte de nouveaux patients ?

Sans médecin traitant, chaque consultation chez le généraliste est nettement moins bien remboursée, alors que les cabinets affichent souvent complet. Où chercher une place, et que faire quand toutes les portes restent fermées ?

Femme au téléphone à une table de cuisine, avec une carte Vitale, un carnet de numéros et une tasse de café
Plus de six millions d'assurés cherchent encore un généraliste qui accepte de devenir leur médecin traitant.
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Sans médecin traitant déclaré, une consultation de généraliste à 30 € ne vous est remboursée que 8,40 €, contre 19 € dans le cas normal. La parade existe pourtant : chercher du côté des centres de santé et des CPTS plutôt que des cabinets saturés, puis saisir votre caisse d’assurance maladie si rien n’aboutit.

Le médecin traitant est le généraliste, ou parfois le spécialiste, que vous désignez auprès de l’Assurance maladie pour coordonner vos soins. Selon la Cour des comptes, 6,3 millions de personnes n’en ont aucun, et d’après Que Choisir, deux tiers des médecins refusent désormais de nouveaux patients. Comment s’en sortir quand chaque cabinet appelé répond que sa liste est fermée ?

Pourquoi l’absence de médecin traitant réduit-elle votre remboursement ?

Sans médecin traitant, vous sortez du parcours de soins coordonnés et la Sécurité sociale rembourse moins. Pour une consultation de généraliste en secteur 1 à 30 €, l’Assurance maladie verse 19 € dans le parcours, mais seulement 8,40 € hors parcours, après déduction de la participation forfaitaire de 2 €.

L’écart atteint donc 10,60 € à chaque passage chez le généraliste, soit plus de 50 € sur une année à cinq consultations. La participation forfaitaire reste due dans tous les cas et alimente un compteur annuel plafonné à 140 €, dont le suivi sur le compte ameli permet de savoir où vous en êtes. Cette pénalité touche un nombre croissant d’assurés, et la Cour des comptes vient d’en mesurer l’ampleur.

Combien de Français n’ont pas de médecin traitant ?

Environ 6,3 millions de personnes vivent sans médecin traitant, selon le rapport de la Cour des comptes présenté le 30 septembre 2026 aux députés. Parmi elles figurent 800 000 personnes de plus de 65 ans polymédiquées. À l’inverse, 49 millions d’assurés, soit 88,5 % des adultes, en avaient déclaré un en 2025.

Le problème ne tient pas seulement au nombre de médecins. La Cour relève que 8 553 généralistes libéraux sur 53 840 n’exercent pas ou peu cette fonction, alors que la patientèle moyenne d’un médecin traitant est passée de 919 patients en 2016 à 1 130 en 2024. Elle propose d’imposer un seuil minimal de 500 patients, ce qui permettrait d’en prendre en charge 2,5 à 4 millions de plus.

Avoir un médecin traitant, c’est nécessaire mais pas suffisant

Bernard Lejeune, président de la sixième chambre de la Cour des comptes, devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, le 30 septembre 2026

La désignation ne garantit pas non plus le suivi : 11 millions de patients déclarés n’ont pas vu leur médecin depuis un an. En attendant une éventuelle réforme, négociée entre l’Assurance maladie et les syndicats de médecins, la place disponible se cherche donc patiemment, et rarement là où l’on regarde en premier.

Où chercher un médecin traitant qui accepte de nouveaux patients ?

Les meilleures chances se trouvent dans les structures collectives plutôt que chez les médecins installés seuls. Maisons de santé, centres de santé et CPTS savent souvent quels praticiens ont encore de la place, et l’Assurance maladie répond au 3646. Voici les portes à pousser, dans cet ordre :

  • l’annuaire santé d’ameli, pour lister les généralistes de votre secteur avec leurs tarifs et leur conventionnement ;
  • la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de votre bassin de vie, qui coordonne les soignants et oriente les patients sans référent ;
  • les maisons de santé pluriprofessionnelles et les centres de santé, où les médecins se répartissent souvent les nouveaux patients ;
  • votre pharmacien, qui connaît les cabinets du quartier et l’arrivée de jeunes médecins ;
  • votre caisse primaire, au 3646 ou depuis votre compte ameli, qui peut indiquer les organisations coordonnées de votre territoire.

Selon la Fédération française des diabétiques, ces organisations coordonnées territoriales peuvent vous mettre directement en relation avec un médecin disponible. Un premier refus ne vaut pas pour toujours : relancer tous les deux ou trois mois reste utile, car une liste rouvre dès qu’un nouveau praticien s’installe.

Comment déclarer son médecin traitant une fois qu’il a accepté ?

La déclaration se fait en ligne, pendant la consultation, avec votre carte Vitale. Le médecin télétransmet directement votre choix à la caisse, sans papier à remplir. À défaut, le formulaire S3704, signé par vous et par le praticien, s’envoie par courrier à votre CPAM.

Toute personne de 16 ans et plus doit désigner un médecin traitant, et les parents choisissent pour les enfants plus jeunes. Le choix est libre : un spécialiste peut tenir ce rôle, sans contrainte géographique, et vous pouvez en changer à tout moment sans justification, rappelle Service-Public.fr dans sa fiche mise à jour le 21 août 2026. Il reste le cas où aucune porte ne s’ouvre.

Que faire si aucun médecin n’accepte malgré vos démarches ?

Si toutes vos démarches échouent, signalez-le à votre caisse primaire et demandez à joindre son conciliateur. Celui-ci ne peut pas obliger un médecin à vous inscrire, mais l’Assurance maladie peut tenir compte de votre situation pour éviter la pénalité de remboursement. Gardez la trace de vos refus, avec les noms et les dates.

Les malades chroniques restent les mieux couverts, puisque 96 % d’entre eux ont un médecin traitant, contre 83 % des assurés les plus précaires d’après la Cour des comptes. Pour ceux qui en sont privés, le protocole de soins de l’affection de longue durée devient difficile à renouveler, et certaines caisses ont organisé un accompagnement dédié.

Youtube video
L’Assurance Maladie d’Ille-et-Vilaine présente l’accompagnement proposé aux personnes en affection de longue durée sans médecin traitant.

Pour un besoin pressant le soir, la nuit ou le week-end, le 116 117 oriente vers un médecin de garde dans les départements où il est déployé. Pour un suivi régulier, comme la mesure de la tension à domicile, une consultation ponctuelle hors parcours vaut mieux qu’aucun suivi, même avec un remboursement réduit.

Dans quels cas êtes-vous remboursé normalement sans médecin traitant ?

Plusieurs situations restent remboursées au taux normal de 70 % sans passer par un médecin traitant. Les moins de 16 ans, les urgences et l’accès direct à certains spécialistes en font partie, tout comme la consultation d’un remplaçant quand votre médecin est absent, ou d’un généraliste lorsque vous êtes loin de chez vous.

L’accès direct concerne le gynécologue, l’ophtalmologue, le dentiste et le psychiatre pour les 16 à 25 ans, d’après la page de l’Assurance maladie actualisée le 23 avril 2026. Le médecin coche alors une mention précise sur la feuille de soins, comme « hors résidence » ou « médecin traitant remplacé », et c’est cette mention qui déclenche le bon taux. Côté santé mentale, il est aussi possible de consulter un psychologue sans avancer les frais grâce à Mon soutien psy.

Un dispositif central encore mal connu des assurés

Devant les députés, Bernard Lejeune a résumé l’enjeu d’une formule : « On veut en faire un dispositif central, encore faut-il le connaître ». Beaucoup d’assurés ne mesurent l’importance de cette désignation qu’au départ en retraite de leur généraliste, quand le remboursement chute de 19 à 8,40 € du jour au lendemain.

La prochaine négociation conventionnelle dira si le seuil de 500 patients par généraliste voit le jour, et avec lui les 2,5 à 4 millions de places promises. D’ici là, l’annonce d’un départ dans un cabinet ouvre une fenêtre de plusieurs mois pendant laquelle une maison de santé ou une CPTS peut encore absorber ses patients, à condition d’être sollicitée avant que la liste ne se ferme.

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