Matcha et aluminium : combien de tasses peut-on boire sans dépasser le seuil ?

Les sept matchas testés par Que Choisir contiennent tous de l'aluminium, et certains dépassent le seuil de l'Anses dès la première tasse. Entre dose, fréquence et choix de la poudre, la marge de manœuvre existe, mais elle est plus étroite qu'on ne le croit.

Révéler les sections Dissimuler les sections

Une poudre vert vif fouettée dans du lait, une réputation de boisson santé, des tutoriels de préparation partout sur les réseaux : le matcha s’est installé dans les cafés comme dans les cuisines. En Allemagne, l’institut fédéral d’évaluation des risques (BfR) comptait déjà 165 nouveaux produits au matcha en cinq ans dans un avis publié en juillet 2019, du thé en poudre aux biscuits en passant par les smoothies.

Le matcha est un thé vert japonais dont on consomme la feuille entière, broyée en poudre fine puis délayée dans l’eau chaude ou le lait. C’est ce qui le distingue d’une infusion, et ce qui l’expose à un contaminant que le test publié par Que Choisir le 24 septembre 2026 a retrouvé dans les sept références analysées, sans aucune exception : l’aluminium. Faut-il renoncer à sa tasse, et combien peut-on en boire sans dépasser le seuil recommandé ?

Combien d’aluminium contient une tasse de matcha ?

Une tasse préparée avec 2 g de poudre apporte entre 1 et près de 5 mg d’aluminium selon les teneurs relevées par les autorités allemandes, soit jusqu’à 168 % de la valeur de référence de l’Anses pour un adulte de 70 kg. Chez un enfant de 30 kg, la tasse la plus chargée représente près de quatre fois ce seuil quotidien.

Teneur de la poudreAluminium par tasse de 2 gPart du seuil Anses, adulte de 70 kgPart du seuil Anses, enfant de 30 kg
Moyenne du thé non fermenté (531 mg/kg)1,06 mg38 %88 %
Échantillon de matcha le moins chargé du BfR (1 743 mg/kg)3,49 mg125 %290 %
Échantillon de matcha le plus chargé du BfR (2 350 mg/kg)4,70 mg168 %392 %

Ces chiffres sortent d’un calcul simple : la teneur de la poudre multipliée par la dose, rapportée à 40 microgrammes par kilo de poids corporel et par jour. Ils restent des ordres de grandeur, car le BfR ne disposait que de trois échantillons et prévenait lui-même qu’on ne pouvait pas en déduire une teneur habituelle. Le test de Que Choisir va dans le même sens, puisque certaines références y atteignent presque quatre fois la valeur de référence en une seule tasse.

Cet écart avec un thé ordinaire s’explique par une particularité de culture et de préparation, qu’il faut comprendre pour ajuster sa consommation.

Pourquoi le matcha apporte-t-il plus d’aluminium qu’un thé vert infusé ?

Le matcha apporte plus d’aluminium parce qu’on avale la feuille entière. Dans une infusion, l’aluminium ne se dissout pas ou très peu dans l’eau chaude et reste dans les feuilles ; avec 2 g de poudre délayée, 100 % du métal présent dans la feuille est ingéré, hypothèse retenue par le BfR dans ses calculs.

L’aluminium est le métal le plus abondant de l’écorce terrestre, et le théier le puise dans le sol, notamment dans les terres volcaniques du Japon et de Chine où se concentre sa culture. Le matcha provient du tencha, un thé d’ombre : 20 à 30 jours avant la récolte, les théiers sont couverts de bâches, ce qui donne aux feuilles leur vert intense et leur richesse en L-théanine.

Youtube video
Que Choisir Ensemble présente son test de sept matchas, analysés pour leur teneur en aluminium et en pesticides.

Le revers est symétrique : antioxydants et contaminants sont absorbés en totalité, sans le filtre que constitue l’infusion. Que Choisir relève aussi que, sur la plupart de ses critères, les références les moins chères de son panel sont les plus mauvaises. Reste une question décisive, celle du seuil à partir duquel cette exposition devient préoccupante.

Quel seuil d’aluminium l’Anses recommande-t-elle de ne pas dépasser ?

L’Anses recommande de ne pas dépasser 40 microgrammes d’aluminium par kilo de poids corporel et par jour, soit 2,8 mg quotidiens pour un adulte de 70 kg. Cette valeur toxicologique de référence, fixée en 2025, est 3,5 fois plus stricte que celle de l’Efsa, établie en 2008 à 143 microgrammes.

Les expositions au cadmium, au plomb, à l’aluminium, au méthylmercure et à l’acrylamide restent trop élevées pour tout ou partie de la population.

Véronique Sirot et Morgane Champion, coordinatrices de l’étude de l’alimentation totale EAT3 de l’Anses, propos rapportés par Le Monde lors de la publication des résultats, février 2026

Le budget est souvent entamé avant la première tasse. Selon cette étude de l’alimentation totale, 39 % des adultes et 76 % des enfants dépassent déjà la valeur de référence, surtout à cause du pain, des biscuits, des viennoiseries et des pâtes. Elle repose sur plus de 700 échantillons couvrant 272 aliments, collectés entre mai 2021 et août 2022 dans l’Hérault, le Loiret et le Puy-de-Dôme.

L’enjeu n’a rien d’anodin : à doses chroniques élevées, l’aluminium est neurotoxique, et le BfR évoque aussi des effets possibles sur la fertilité et le développement osseux. Une consommation régulière de matcha s’ajoute donc à une exposition déjà forte, ce qui invite à revoir ses habitudes plutôt qu’à juger chaque produit isolément.

Comment continuer à boire du matcha en limitant l’aluminium ?

Le levier le plus efficace reste la dose et la fréquence : passer de 2 g à 1 g de poudre divise par deux l’aluminium ingéré, et une tasse occasionnelle pèse bien moins qu’un latte quotidien. Le BfR estimait en 2019 que deux portions par jour de la poudre la plus chargée suffisaient à atteindre la dose hebdomadaire tolérable fixée par l’Efsa.

  • Peser la poudre plutôt que de la verser à l’œil, puisque tout le calcul dépend de la dose réellement délayée ;
  • Espacer les tasses et éviter le matcha quotidien chez les enfants, dont le seuil tombe à 1,2 mg par jour pour 30 kg ;
  • Se méfier des poudres les moins chères, les plus mauvaises sur la plupart des critères du test de Que Choisir ;
  • Alterner avec un thé vert infusé, dont l’eau chaude n’extrait que très peu d’aluminium ;
  • Compter dans sa consommation les biscuits, smoothies et boissons au matcha, où la poudre est elle aussi entièrement ingérée.

Ces gestes ne rendent pas une poudre contaminée plus saine, ils en réduisent la part dans un budget déjà serré. Aucune étiquette n’indique aujourd’hui la teneur en aluminium, si bien que l’on choisit à l’aveugle, sur le prix et l’origine, surtout lorsque le matcha se cache dans d’autres aliments.

Biscuits, smoothies et boissons : le matcha qu’on ne voit pas

Dans son recensement des produits au matcha arrivés sur le marché allemand, le BfR trouvait 39 % de thés, 15 % d’autres boissons et 8 % de smoothies, le reste allant aux biscuits, gâteaux et céréales du petit-déjeuner. La poudre y est consommée entière, comme dans la tasse, et vient s’additionner aux céréales, déjà premières sources d’aluminium dans l’assiette. Le phénomène rappelle l’engouement pour le thé aux perles venu d’Asie, adopté pour sa couleur et sa texture plus que pour sa composition.

Les emballages, eux, vantent souvent des « propriétés stimulantes et tonifiantes » ou un « système immunitaire renforcé ». Aucune allégation de santé n’est pourtant autorisée dans l’Union européenne pour les thés, mais des mentions en attente d’évaluation restent utilisables sans le signaler, relève Que Choisir, en vertu d’une tolérance du règlement européen n° 1924/2006. De quoi entretenir l’image d’une boisson santé que les analyses nuancent fortement.

Une teneur maximale que l’Europe n’a jamais fixée

Aucun des sept matchas testés n’enfreint la loi, pour une raison simple : l’Union européenne n’a fixé aucune teneur maximale en aluminium dans les aliments et les boissons, alors qu’ils en sont la principale source d’exposition. Un produit qui dépasse à lui seul le seuil de l’Anses ne peut donc pas faire l’objet d’une procédure de rappel de produits, faute de limite à dépasser. La logique diffère de celle appliquée à d’autres substances, comme le dioxyde de titane encore présent dans certains médicaments, dont l’usage alimentaire a été tranché par la réglementation.

Tant que ce vide persiste, l’information vient des tests indépendants et des agences sanitaires, pas des étiquettes. Avec quatre références sur sept au-delà du seuil dans le panel de Que Choisir, la question de la teneur maximale se pose désormais aux fabricants comme aux autorités européennes, et la dose dans la tasse demeure, en attendant, le seul réglage réellement entre les mains de ceux qui la boivent.

Donnez votre avis

★★★★★

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé

Vous aimez cet article ? Partagez !

Partagez votre avis