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- Qu’est-ce que le dioxyde de titane et que fait-il dans vos comprimés ?
- Que reproche-t-on exactement à cet additif ?
- Comment repérer le dioxyde de titane sur une boîte de médicament ?
- Pourquoi cet excipient reste-t-il autorisé dans les médicaments ?
- Des médicaments très courants s’en passent déjà
- Une dérogation provisoire qui dure depuis quatre ans
Un comprimé d’un blanc parfait, lisse et légèrement brillant, doit rarement cette allure à sa molécule active. Le blanc vient presque toujours d’un pigment ajouté à l’enrobage, et ce pigment porte un nom que beaucoup ont appris à traquer sur les étiquettes alimentaires : le dioxyde de titane, référencé E171 dans la liste des additifs.
Ce minéral ne soigne rien. Il sert de colorant et d’opacifiant : il blanchit le pelliculage des comprimés, opacifie l’enveloppe des gélules et met certaines molécules à l’abri de la lumière. La France l’a banni des aliments dès janvier 2020, et l’Union européenne a suivi en 2022, après un avis défavorable de son agence de sécurité sanitaire.
Dans la pharmacie, en revanche, il n’a jamais quitté les rayons : une dérogation le maintient autorisé dans les médicaments, six ans après son bannissement de nos assiettes. L’association Que Choisir en recensait plus de 4 000 références dès 2017. Si vous suivez un traitement au long cours, la question devient très concrète : comment savoir si vos boîtes en contiennent, et que faire si la réponse est oui ?
Qu’est-ce que le dioxyde de titane et que fait-il dans vos comprimés ?
Le dioxyde de titane est un pigment blanc minéral utilisé comme excipient, c’est-à-dire comme ingrédient sans effet thérapeutique. Il colore et opacifie. Dans un médicament, il intervient sur le pelliculage du comprimé ou la capsule de la gélule, jamais sur le principe actif. Une directive européenne de 2009 encadre son usage.
Ce texte de 2009 pose une règle simple : seuls les colorants autorisés dans l’alimentation peuvent entrer dans la composition d’un médicament. La logique est facile à suivre, puisqu’un comprimé s’avale comme un aliment. L’interdiction alimentaire de 2022 aurait donc dû entraîner mécaniquement la sortie du E171 des pharmacies. C’est exactement l’inverse qui s’est produit, et l’écart entre la règle écrite et la pratique dure depuis quatre ans.
Que reproche-t-on exactement à cet additif ?
Le E171 est soupçonné d’effets génotoxiques, c’est-à-dire de dommages à l’ADN, et de favoriser des lésions précancéreuses de l’intestin. Ces soupçons reposent sur des travaux français menés à partir de 2017, puis sur l’évaluation européenne qui a conduit à l’interdiction alimentaire. Une part importante des particules mesure moins de 100 nanomètres, taille à laquelle elles franchissent des barrières biologiques.
C’est cette accumulation de signaux qui a fait basculer l’évaluation européenne. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a estimé qu’elle ne parvenait plus à fixer une dose journalière sans danger, faute de pouvoir écarter le risque génotoxique. Sa conclusion a été reprise telle quelle par Bruxelles pour justifier le retrait de l’additif des produits alimentaires.
Le dioxyde de titane ne peut plus être considéré comme sûr.
Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), conclusion de son évaluation de l’additif E171, à l’origine de l’interdiction alimentaire européenne de 2022
Aucune évaluation équivalente n’a été publiée pour la voie médicamenteuse. L’Agence européenne des médicaments devait rendre un rapport sur ces risques : elle a mis en ligne un document portant sur la faisabilité du remplacement, qui relaie surtout les positions des laboratoires. Le rapport de risque attendu n’est jamais sorti, ce que l’association Avicenn, spécialisée dans la veille sur les nanomatériaux, documente depuis plusieurs années.
Comment repérer le dioxyde de titane sur une boîte de médicament ?
La vérification est gratuite, se fait chez vous et prend moins de cinq minutes par référence. Aucune mention n’apparaît sur la face avant de la boîte : l’information vit dans la composition complète, du côté des excipients. Quatre étapes suffisent pour lever le doute sur un traitement.
- Sortez la notice et cherchez la rubrique intitulée liste complète des substances, où figurent les excipients après le principe actif ;
- repérez la mention dioxyde de titane, parfois écrite E171, le plus souvent dans la composition du pelliculage ou de l’enveloppe de la gélule ;
- si la notice a disparu, tapez le nom exact du médicament, dosage et forme compris, dans la Base de données publique des médicaments éditée par les autorités sanitaires ;
- comparez ensuite les autres présentations du même principe actif, car la composition des excipients change d’un laboratoire à l’autre.
Le dernier point est le plus utile, et le moins connu. Pour une même molécule, certaines références contiennent du E171 et d’autres non : le cas est documenté pour la metformine, la pravastatine ou l’oxazépam, des traitements pris quotidiennement pendant des années.
La base publique permet justement de faire cette comparaison référence par référence, sans passer par un professionnel. Elle donne la composition officielle déposée pour chaque autorisation de mise sur le marché, ce qui reste la seule source fiable sur un excipient.
Pourquoi cet excipient reste-t-il autorisé dans les médicaments ?
La réponse tient en un mot : la dérogation. Un médicament ne se reformule pas du jour au lendemain, car tout changement d’excipient oblige le laboratoire à modifier son autorisation de mise sur le marché, procédure longue et coûteuse. Bruxelles avait donc accordé un délai, assorti en 2022 d’une demande ferme d’accélérer la recherche d’alternatives.
Cette fermeté n’a pas tenu. En août 2025, la Commission européenne publiait discrètement un document de travail estimant que la dérogation devait être maintenue. Le chiffre qui explique ce recul figure dans le document de l’agence européenne du médicament : 44 % des entreprises n’avaient même pas cherché d’alternative, trois ans après la demande officielle.
L’argument avancé par les industriels est celui de la rupture de stock. Retirer un excipient présent dans des milliers de références ferait courir un risque d’arrêt de commercialisation, plaident-ils, et cet argument pèse lourd dans un contexte de tensions d’approvisionnement. Le coût des procédures revient aussi régulièrement dans les réponses des laboratoires, ce qui déplace le débat du terrain sanitaire vers le terrain financier.
Des médicaments très courants s’en passent déjà
La démonstration que la substitution est possible existe, et elle se trouve dans les armoires à pharmacie. Le dioxyde de titane a disparu des comprimés d’Efferalgan et de l’intégralité des références de Doliprane, deux des médicaments les plus vendus en France. La technique existe donc, et elle a été industrialisée.
Ce constat change la nature de la conversation avec votre pharmacien. Il ne s’agit plus de demander un produit hypothétique, mais de savoir si, pour votre traitement précis, une présentation sans E171 est disponible. Le pharmacien dispose d’un droit de substitution entre spécialités équivalentes, encadré par la réglementation, et peut consulter la composition des références qu’il commande.
Cette démarche a des limites qu’il faut connaître. Pour certaines molécules, aucune présentation alternative n’existe sur le marché français, et les personnes atteintes de pathologies chroniques se retrouvent alors sans option. La substitution peut aussi être refusée lorsque le prescripteur a porté une mention expresse sur l’ordonnance, ou lorsque la forme galénique diffère.
Une règle prime sur toutes les autres : on ne modifie jamais un traitement de sa propre initiative. Un médicament efficace contenant du E171 reste préférable à un traitement interrompu, et l’arbitrage entre le bénéfice thérapeutique et l’exposition à un excipient revient au médecin ou au pharmacien, pas au patient seul devant sa notice.
Une dérogation provisoire qui dure depuis quatre ans
Aucun calendrier ferme n’a été communiqué. Les autorités évoquent une réouverture possible du dossier, sans engagement ferme, tandis que l’association Avicenn a saisi la justice européenne pour contester les conditions dans lesquelles la dérogation a été prolongée. Le mot provisoire perd son sens au bout de quatre ans, et c’est bien ce décalage qui nourrit la procédure.
Reste une asymétrie difficile à justifier auprès d’un patient. Le même composé est jugé trop incertain pour colorer un bonbon et suffisamment acceptable pour enrober un comprimé avalé chaque matin pendant vingt ans. La France avait pris les devants sur le volet alimentaire en 2020, avec deux ans d’avance sur l’Europe ; la question posée aujourd’hui est de savoir si elle jouera le même rôle sur le volet médicamenteux.
En attendant, la base publique des médicaments et la notice restent les deux seuls outils qui rendent l’information accessible sans intermédiaire. Leur consultation ne coûte rien et elle transforme un débat réglementaire lointain en une question précise, posable au comptoir d’une officine, là même où se décompte déjà ce qui reste à votre charge.


