Comprendre et agir au quotidien

Découvert autorisé : ce qui change le 20 novembre 2026 et comment garder le vôtre

À partir du 20 novembre 2026, toute nouvelle autorisation de découvert passe par une étude de solvabilité, même sous 200 €. Ce que la banque va examiner, et ce qui se joue pour les découverts déjà accordés.

Femme pensive consultant son smartphone à une table de cuisine, près d'un relevé bancaire, d'un café et d'un ordinateur
Dès le 20 novembre 2026, toute nouvelle autorisation de découvert passera par une étude de solvabilité de la banque.
Révéler les sections Dissimuler les sections

Un loyer prélevé deux jours avant le virement du salaire, une facture d’énergie plus lourde que prévu : le découvert autorisé sert souvent d’amortisseur de fin de mois. Selon un baromètre Lesfurets-CSA, 24 % des Français se disent à découvert chaque mois ou presque, une proportion qui grimpe à 42 % chez les 25-34 ans et à 36 % dans les familles avec enfants.

Le découvert autorisé est une avance que la banque consent sur le compte courant, dans une limite et pour une durée fixées à l’avance. À partir du 20 novembre 2026, cette facilité bascule pleinement dans le régime du crédit à la consommation : toute nouvelle autorisation, même de quelques dizaines d’euros, passera par une étude de solvabilité. Les autorisations déjà signées restent valables, mais que change réellement la réforme, et comment obtenir ou garder le découvert dont vous avez besoin ?

Qu’est-ce qui change pour le découvert bancaire le 20 novembre 2026 ?

À partir du 20 novembre 2026, chaque nouvelle autorisation de découvert exige une étude de solvabilité, quel que soit son montant. Jusqu’ici, les découverts de moins de 200 € remboursables en moins d’un mois échappaient à cette analyse. Les frais minimaux forfaitaires d’agios disparaissent et le coût doit être affiché sous forme de TAEG.

Le changement découle de la directive européenne 2023/2225 du 18 octobre 2023 sur le crédit aux consommateurs, transposée en France par une ordonnance du 3 septembre 2025. Dans sa réponse publiée le 12 mars 2026 à une question du sénateur Pierre-Alain Roiron, le ministère de l’Économie précise que les exigences d’analyse seront adaptées au montant et à la durée du crédit, et que la consultation du fichier des incidents de remboursement (FICP) restera facultative sous 200 €.

Youtube video
Les nouvelles règles des découverts bancaires expliquées par M6 Info.

Le découvert ne devient pas pour autant un prêt remboursé par mensualités. Il reste attaché au compte courant et se comble avec les rentrées d’argent habituelles. Ce qui change, c’est la porte d’entrée : la banque doit vérifier votre capacité à rembourser avant d’ouvrir l’autorisation, puis vous remettre une information précontractuelle complète, comme pour un crédit renouvelable. Une question inquiète davantage les clients qui disposent déjà d’un découvert.

Mon découvert autorisé actuel va-t-il disparaître le 20 novembre ?

Non, les autorisations de découvert accordées avant le 20 novembre 2026 restent valables, a précisé la Fédération bancaire française, qui représente les banques du pays. La nouvelle étude de solvabilité vise les demandes déposées après cette date, y compris pour un petit montant de 100 ou 150 €.

La réforme a pourtant nourri une rumeur tenace. À l’automne 2025, des messages largement partagés sur les réseaux sociaux annonçaient que le découvert serait purement et simplement interdit en France. L’observatoire De Facto a qualifié cette affirmation de trompeuse le 30 octobre 2025, et la FBF a rappelé dans un communiqué que « la demande de découvert est obligatoire, le découvert n’est pas automatique ».

Un texte complètement inadapté et disproportionné, qui compliquera la vie à de nombreux ménages.

Daniel Baal, président de la Fédération bancaire française, sur LinkedIn, propos rapportés par l’observatoire De Facto le 30 octobre 2025

Opposée au texte, la profession devra pourtant l’appliquer. La FBF insiste sur un point : aucun taux d’endettement de 30 % n’est imposé pour accorder un découvert. Chaque établissement fixe sa propre grille, à partir de ce qu’il sait de son client et de la façon dont le compte fonctionne, ce qui rend utile de savoir ce qu’il regarde.

Ce que la banque examine avant d’accorder un découvert

La Fédération bancaire française résume la méthode en une phrase : « c’est l’étude de solvabilité, notamment la connaissance client, le fonctionnement du compte, qui permettra aux établissements d’accorder ou non une autorisation de découvert ». Concrètement, plusieurs éléments pèsent dans cette analyse :

  • la régularité des revenus versés sur le compte, qu’il s’agisse d’un salaire, d’une pension ou d’allocations ;
  • l’historique du compte, avec les rejets de prélèvement et les incidents de paiement des derniers mois ;
  • le poids des charges fixes, loyer, crédits en cours et abonnements, face à ces revenus ;
  • le montant demandé, qu’il vaut mieux caler sur le besoin réel du mois plutôt que sur un plafond confortable ;
  • l’inscription éventuelle au FICP, dont la consultation reste facultative sous 200 €.

Un dossier clair joue en votre faveur : des bulletins de salaire récents et un dernier avis d’imposition suffisent en général à documenter une demande. Demander 300 € quand le trou de fin de mois tourne autour de 150 € complique l’analyse sans rien vous apporter, d’autant que le coût, lui aussi, se présente différemment.

Avant et après le 20 novembre 2026, les règles point par point

Le tableau suivant compare les règles du découvert autorisé avant et après la réforme, d’après la réponse ministérielle du 12 mars 2026 et les précisions de la Fédération bancaire française.

PointAvant le 20 novembre 2026À partir du 20 novembre 2026
Étude de solvabilitéObligatoire au-delà de 200 € ou d’un moisObligatoire pour toute nouvelle autorisation
Consultation du FICP sous 200 €Non prévueFacultative
Frais minimaux forfaitaires d’agiosPratiqués par certaines banquesSupprimés
Autorisations déjà accordéesEn vigueurMaintenues

La fin du minimum forfaitaire compte surtout pour les petits montants : quelques jours à découvert de 30 ou 40 € ne pourront plus coûter un forfait fixe sans rapport avec la somme avancée. Le coût sera exprimé en TAEG, frais et commissions compris, ce qui rend les offres comparables d’une banque à l’autre, à condition que la banque ne décide pas de réduire l’autorisation en cours de route.

Combien de temps la banque doit-elle respecter avant de réduire un découvert autorisé ?

Pour une autorisation à durée indéterminée, la banque doit respecter un préavis d’au moins deux mois avant de la réduire ou de la supprimer, contre 30 jours pour une autorisation à durée déterminée, selon l’analyse publiée le 19 septembre 2026 par le cabinet Kohen Avocats. Seul un motif objectif et justifié autorise une coupure immédiate.

Ce délai laisse le temps de réorganiser ses dépenses. Parmi les leviers les plus simples figurent le fait de décaler un prélèvement après le versement du salaire, de mensualiser une facture annuelle ou d’adopter la méthode des enveloppes en liquide pour contenir les dépenses variables des deux dernières semaines du mois.

En cas de refus ou de réduction contestée, la médiation bancaire reste gratuite et chaque établissement doit en proposer une. Quand les difficultés dépassent le simple décalage de trésorerie, la commission de surendettement de la Banque de France peut être saisie, et pour une dette envers le fisc, un délai de paiement fiscal évite de faire porter la charge au compte courant. Reste à mesurer ce que ce tour de vis signifie pour les ménages les plus serrés.

Un filet de fin de mois qui se mérite davantage

Le durcissement tombe sur un public fragile. Dans sa question écrite publiée le 1er janvier 2026, le sénateur Pierre-Alain Roiron rappelait que 5,4 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, et que pour eux le recours ponctuel au découvert constitue souvent une solution indispensable. UFC-Que Choisir estime de son côté que 45 % des consommateurs passent à découvert au moins une fois par an.

Face à un refus, la tentation sera de se tourner vers des solutions plus coûteuses, comme un crédit à la consommation instantané ou le paiement fractionné, dont une partie entre elle aussi dans le champ du crédit à la consommation. Les semaines qui précèdent le 20 novembre forment une fenêtre utile pour faire le point avec son conseiller sur l’autorisation dont on dispose et sur son montant réel, tant que les règles actuelles s’appliquent encore.

Donnez votre avis

★★★★★

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé

Vous aimez cet article ? Partagez !

Partagez votre avis