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- Qu’est-ce que le cumul emploi-retraite, concrètement ?
- Les trois conditions du cumul intégral
- Que prévoit la réforme pour les départs à partir de 2027 ?
- Avant ou après le 1er janvier 2027 : qu’est-ce qui bascule ?
- Comment vérifier votre situation avant de déposer votre demande ?
- Le nouvel arbitrage entre partir tôt et attendre 67 ans
Reprendre une activité après avoir liquidé sa retraite n’a rien d’une exception. Le cumul emploi-retraite permet de percevoir en même temps une pension et des revenus professionnels, issus de l’ancien métier ou d’un nouveau. Selon la DREES, 606 000 assurés cumulaient pension et activité fin 2023, soit 30 % de plus qu’en 2018.
Le dispositif existe sous deux formes, l’une sans plafond, l’autre bornée par le plafond annuel de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 € bruts pour 2026. Cette architecture tient jusqu’au 31 décembre 2026, pas au-delà.
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, publiée au Journal officiel le 30 décembre 2025, réécrit le mécanisme pour les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027. Les décrets manquent encore à l’appel, mais le principe d’un écrêtement de la pension est acté. Qu’est-ce que cela change pour quelqu’un qui compte travailler après son départ ?
Qu’est-ce que le cumul emploi-retraite, concrètement ?
Le cumul emploi-retraite consiste à percevoir sa pension de base et sa complémentaire tout en exerçant une activité rémunérée. Deux régimes coexistent jusqu’à fin 2026 : le cumul intégral, sans aucun plafond de revenus, et le cumul plafonné, borné par le plafond annuel de la Sécurité sociale. Seul le premier laisse le revenu professionnel entièrement libre.
Depuis 2023, le cumul intégral ouvre un droit supplémentaire. Une fois toute activité définitivement arrêtée, les cotisations versées pendant cette période donnent droit à une seconde pension de base, plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par an en 2026, et à une seconde complémentaire.
Le cumul plafonné n’offre rien de comparable. Les revenus d’activité ne peuvent pas dépasser 48 060 € bruts en 2026, les pensions sont réduites ou suspendues au-delà, et les cotisations ne créent aucun droit nouveau. Les conditions d’accès au cumul intégral méritent donc d’être regardées de près.
Les trois conditions du cumul intégral
Le cumul sans plafond ne se demande pas, il se constate : la caisse vérifie trois conditions cumulatives au moment de la liquidation. Une seule condition manquante bascule vers le cumul plafonné.
- avoir atteint l’âge d’ouverture des droits, soit 64 ans pour les générations récentes et 62 ans et 9 mois pour celle née en 1964 ;
- totaliser les trimestres exigés pour un calcul à taux plein, soit 170 trimestres pour les générations 1963 et 1964 ;
- avoir fait liquider l’ensemble de ses retraites, françaises comme étrangères, de base comme complémentaires.
Ces critères pèsent lourd pour qui a connu des périodes à l’étranger, du temps partiel ou de l’intérim. Un départ avant l’âge légal, au titre de l’inaptitude ou d’une carrière longue, bascule automatiquement dans le cumul plafonné, alors qu’une carrière longue suppose déjà 172 trimestres pour les assurés nés avant le 2 janvier 1966.
Que prévoit la réforme pour les départs à partir de 2027 ?
L’article 102 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 supprime le cumul intégral pour toute pension prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Entre l’âge légal de départ, fixé à 64 ans, et 67 ans, la pension subit un écrêtement de 50 % sur les revenus dépassant un seuil fixé par décret.
Ce seuil devrait s’établir à 7 000 € par an, d’après la question écrite déposée au Sénat en février 2026. Les deux décrets censés préciser ce montant et les dérogations n’étaient toujours pas parus à la mi-septembre 2026. La réforme est donc votée sans que son curseur exact soit connu.
Passé 67 ans, l’écrêtement disparaît et le cumul redevient libre. La logique décourage la reprise d’activité entre 64 et 67 ans et la repousse au-delà. Pour beaucoup d’assurés, l’arbitrage se déplace de trois ans.
Avant ou après le 1er janvier 2027 : qu’est-ce qui bascule ?
La date d’effet de la pension, et elle seule, détermine le régime applicable. Une pension liquidée au plus tard le 31 décembre 2026 reste régie par les règles actuelles pendant toute sa durée, sans application rétroactive de la réforme. Un départ au 1er janvier 2027 relève du nouveau dispositif, même si l’activité reprend des années plus tard.
| Situation de l’assuré | Départ jusqu’au 31 décembre 2026 | Départ à partir du 1er janvier 2027 |
|---|---|---|
| Les trois conditions du taux plein sont réunies | Cumul intégral, revenus sans plafond | Pension écrêtée jusqu’à 67 ans |
| Revenus perçus entre l’âge légal et 67 ans | Aucune limite en cumul intégral | Écrêtement de 50 % au-delà du seuil fixé par décret |
| Une condition au moins fait défaut | Revenus limités à 48 060 € bruts en 2026 | Régime unique d’écrêtement |
| Activité reprise à partir de 67 ans | Cumul intégral si les conditions sont réunies | Cumul sans écrêtement |
Le vrai basculement tient en une phrase : le montant de la pension ne change pas, c’est la part conservée en travaillant qui se réduit. Avec un seuil à 7 000 €, un assuré de 65 ans gagnant 20 000 € par an verrait la moitié des 13 000 € excédentaires retranchée de sa pension, soit 6 500 € en moins.
Ce calcul reste théorique tant que les décrets ne sont pas publiés. Il donne néanmoins l’ordre de grandeur, et il éclaire l’inquiétude exprimée sur les petites pensions, notamment chez les agriculteurs.
Comment vérifier votre situation avant de déposer votre demande ?
Trois vérifications précèdent toute décision : la date d’effet visée, le nombre de trimestres enregistrés et l’état du relevé de carrière. Une prestation nouvellement attribuée sur neuf comportait au moins une erreur financière en 2025, selon le rapport de certification des comptes de la Sécurité sociale publié par la Cour des comptes en mai 2026.
Le relevé de situation individuelle récapitule les trimestres et les points acquis dans chaque régime. Sa correction s’est compliquée : l’Assurance retraite a restreint son service « Compléter ma carrière et déclarer mes enfants » aux assurés de 59 ans et plus depuis juin 2026. Les moins de 55 ans n’ont plus d’outil dématérialisé et doivent écrire à leur caisse.
il est important de vérifier son relevé de carrière régulièrement, afin de signaler les éventuelles périodes manquantes
Frédérique Martin-Magnan, cofondatrice du cabinet GF retraite, propos publiés par Que Choisir le 16 septembre 2026
Entre 55 et 59 ans, le site Info-Retraite garde une entrée « Corriger ma carrière » dans ses démarches. Conserver et scanner chaque bulletin de paie reste le geste le plus utile, au même titre que les attestations d’indemnités journalières et les relevés de France Travail. Une demi-journée par mois consacrée à la paperasse suffit à tenir ce dossier à jour.
Le délai administratif forme le dernier obstacle. Les régimes réclament 4 à 6 mois entre le dépôt et la date d’effet, mais déposer quelques jours avant reste possible, à condition d’attendre des versements définitifs réglés ensuite en une fois. Une fois le montant notifié, deux mois suffisent pour en contester un calcul jugé trop élevé.
Le nouvel arbitrage entre partir tôt et attendre 67 ans
Le curseur de 67 ans redessine la fin de carrière plus profondément qu’un ajustement comptable. Il ouvre une zone de trois ans pendant laquelle travailler rapporte nettement moins, et pousse à trancher entre un départ sec et une prolongation sans liquidation. L’Assurance retraite anticipe 100 000 demandes supplémentaires en 2026.
La dimension fiscale, souvent sous-estimée, s’ajoute à l’équation : deux flux de revenus font monter la tranche d’imposition, et une échéance fiscale qu’on n’arrive plus à honorer se négocie moins bien une fois la carrière terminée. Les prochains mois diront si le seuil de 7 000 € tient, ou si les décrets l’ajustent sous la pression des revenus les plus faibles.


