Ehpad : comment comparer deux établissements avant de choisir ?

Un décret d'août 2026 rend publics le taux d'encadrement, l'absentéisme et la rotation du personnel des Ehpad. Reste à savoir où lire ces chiffres et comment les confronter au tarif réellement facturé.

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Un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, l’Ehpad, est un lieu de vie médicalisé où l’on paie à la fois un logement et un accompagnement quotidien. Le choix se fait rarement au calme, puisqu’il arrive après une chute, une hospitalisation ou un maintien à domicile devenu impossible. Comparer deux établissements repose sur trois sources publiques : les indicateurs de personnel transmis à la CNSA, le comparateur officiel de restes à charge et les évaluations de la Haute Autorité de santé.

Ces trois sources ne disent pas la même chose. La première donne les moyens humains réellement présents auprès des résidents, la deuxième ce que la famille paiera une fois les aides déduites, la troisième ce qu’un évaluateur extérieur a constaté sur place. Aucune ne suffit prise isolément, et c’est leur croisement qui rend une comparaison honnête.

Un décret paru cet été vient d’élargir la première d’entre elles. Où trouver ces chiffres, et que faut-il en faire une fois qu’on les a sous les yeux ?

Que change le décret du 8 août 2026 pour les familles ?

Les Ehpad devront transmettre chaque année à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie trois indicateurs de ressources humaines : le taux d’encadrement des résidents, le taux d’absentéisme et le taux de rotation du personnel. Le décret n° 2026-760 du 8 août 2026, publié au Journal officiel le 9 août, impose leur mise en ligne sur le portail Pour-les-personnes-agees.gouv.fr.

Une famille pouvait déjà connaître le prix d’une chambre et vérifier l’existence d’une unité protégée. Les moyens humains, eux, restaient une zone grise que seules les statistiques nationales éclairaient. Le décret déplace l’information à l’échelle de l’établissement, ce qui change la nature même de la comparaison.

L’arrêté publié le même jour fixe les formules de calcul et repousse au dernier jour ouvré de décembre l’échéance de transmission des huit indicateurs concernés, les cinq existants et les trois nouveaux. Les premières séries comparables n’arriveront pas avant la fin de l’année, ce qui laisse entière la question des chiffres déjà consultables.

Que dit vraiment le taux d’encadrement ?

Il rapporte les effectifs médicaux, paramédicaux et socio-éducatifs au nombre de résidents, en équivalents temps plein pour cent personnes accueillies. D’après une étude de la Drees publiée en septembre 2025, il atteignait 73 ETP pour 100 résidents dans le public, contre 62,7 dans les autres Ehpad privés et 60,2 dans ceux des cinq grands groupes privés commerciaux.

Un écart de dix points se voit dans le quotidien : le temps passé à la toilette, la disponibilité pour accompagner quelqu’un aux sanitaires plutôt que de poser une protection, la possibilité de couper un plat au lieu de le servir mixé. Le Défenseur des droits avait documenté ces arbitrages dans son rapport de mai 2021 sur les droits fondamentaux des résidents. Un chiffre bas n’est pas une faute morale, c’est le signe d’un budget contraint dont les effets se lisent à chaque étage.

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Les critères à examiner avant de retenir un établissement, passés en revue par Allo Docteurs.

Reste que ce taux ne dit rien de la somme déboursée chaque mois, et c’est là que la comparaison se complique.

Combien coûte une place une fois les aides déduites ?

La facture additionne un tarif hébergement, dû pour chaque jour de présence, et un tarif dépendance qui varie selon le degré de perte d’autonomie mesuré par le GIR. Les prix affichés n’intègrent aucune aide : ni l’allocation personnalisée d’autonomie, ni l’aide au logement, ni l’aide sociale à l’hébergement, ni la réduction d’impôt.

Les tarifs varient fortement selon le statut du gestionnaire. La même étude de la Drees relevait une chambre non habilitée à l’aide sociale à 98 € la nuit dans les cinq grands groupes commerciaux, 89 € dans les autres établissements privés et 60 € dans le public. Le tarif le plus élevé n’achète pas le meilleur encadrement, puisque ce sont ces mêmes groupes qui affichaient le taux le plus faible.

Le portail public propose un comparateur de restes à charge qui prend le relais des prix bruts. On y retient deux ou trois établissements, on renseigne une date de naissance et des revenus dans un formulaire anonyme, et l’outil chiffre un mois d’hébergement permanent en chambre individuelle, allocation personnalisée d’autonomie et aide au logement déduites.

La fiscalité referme le calcul. Les frais de dépendance et d’hébergement ouvrent droit à une réduction d’impôt de 25 %, dans la limite de 10 000 € par personne hébergée, soit 2 500 € au maximum et par résident, frais de soins exclus et aides perçues déduites. Devant des brochures qui mettent en avant le jardin et les animations, mieux vaut trier les promesses commerciales et revenir aux lignes du devis.

Les vérifications à mener avant de signer

Une visite se prépare avec une liste de points à relever, faute de quoi on repart avec une impression et aucun élément comparable. Voici ce qui se contrôle en amont ou sur place, document en main.

  • La cotation de l’établissement sur Qualiscope, la plateforme de la Haute Autorité de santé, qui publie les évaluations des structures médico-sociales depuis le 16 septembre 2025 ;
  • Le tarif hébergement et le tarif dépendance affichés à la journée, avec la liste écrite de ce qui reste facturé en supplément ;
  • L’habilitation ou non à l’aide sociale à l’hébergement, qui conditionne l’accès à l’ASH le jour où les ressources ne suffisent plus ;
  • Le nombre de soignants présents la nuit et le week-end, qui ne se déduit pas d’un taux d’encadrement annuel ;
  • Le déroulé d’une journée ordinaire, horaires de lever et de coucher compris, demandé au personnel soignant plutôt qu’au service commercial.

Sur les 3 526 Ehpad évalués en 2025, 34,7 % ont obtenu la cotation A, ce qui laisse près de deux tiers des établissements dans les cotations inférieures. Une note moyenne ne vaut pas alerte, mais elle appelle des questions précises pendant la visite.

Bloquer un créneau pour la paperasse plutôt que de tout traiter dans l’urgence évite de signer sur la foi d’une seule visite, souvent programmée quand l’établissement est au complet.

Ce que trois taux ne diront pas

Un indicateur annuel lisse la réalité. Un taux d’encadrement arrêté au 31 décembre ne dit rien d’un service qui a perdu deux aides-soignantes en mars, et une moyenne d’absentéisme masque des écarts d’un étage à l’autre. Ces chiffres situent un établissement, ils ne le décrivent pas.

Leur utilité est ailleurs, dans la conversation qu’ils rendent possible. Une famille qui arrive avec un taux de rotation en tête ne demande plus si les équipes sont stables : elle demande pourquoi elles ne le sont pas. La charge de la preuve change de camp, et ce déplacement pèse plus que la valeur du chiffre.

Ce qui devient visible devient aussi plus difficile à ignorer.

Rosine Maiolo, journaliste à Que Choisir, dans son article sur la publication des indicateurs en Ehpad, le 10 septembre 2026

Encore faut-il que ces données soient effectivement consultées, et le climat autour du secteur n’y aide pas.

Une défiance que la transparence ne dissipera pas seule

La France comptait environ 7 500 Ehpad et 615 000 places en 2022, quand le nombre de personnes de 60 ans ou plus en perte d’autonomie passerait de 2 millions en 2021 à près de 2,8 millions à l’horizon 2050. L’offre devra croître dans un secteur qui recrute mal, et aucun indicateur publié ne créera les postes manquants.

La défiance, elle, est installée : 74 % des Français déclaraient en 2023 ne pas envisager de vivre un jour en établissement, contre 53 % en 2001, selon la Drees. Trois taux mis en ligne ne renverseront pas ce mouvement. Ce que la transparence rend possible, c’est un arbitrage documenté plutôt qu’un choix subi, pour une décision qui engage plusieurs années et une part lourde du budget familial.

Entretenir son autonomie physique repousse l’échéance sans l’effacer, et la question finira par se poser dans la plupart des familles. Elle se posera mieux le jour où les chiffres auront été sortis avant l’urgence.

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