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- Trois vidéos Facebook et un professeur qui n’a rien tourné
- Ce qui est vrai, ce qui est truqué, ce qui reste indécidable
- Une fabrication à la portée de n’importe quel escroc
- Le précédent Serge Hercberg et la chaîne Santé Sage
- Les signaux qui trahissent un faux médecin en vidéo
- Signaler la vidéo et ce que risquent ses auteurs
- Une blouse blanche ne garantit plus rien
Un professeur de médecine en blouse blanche, filmé dans son cabinet, recommande face caméra une cure capable de débarrasser l’organisme de ses parasites. La séquence défile sur Facebook entre deux photos de famille, et rien ne la distingue d’une interview sérieuse. Pourtant, le médecin n’a jamais prononcé un seul de ces mots : son visage et sa voix ont été fabriqués par une intelligence artificielle.
Ce trucage porte un nom, le deepfake, ou hypertrucage : une vidéo synthétique qui fait dire n’importe quoi à n’importe qui. Les escrocs l’appliquent désormais à la santé, terrain où la parole d’un médecin vaut caution. Le 5 octobre 2026, l’AP-HP et Sorbonne Université ont tiré la sonnette d’alarme. Une vidéo de médecin qui vend un remède sur les réseaux sociaux peut-elle être vraie, et comment le vérifier soi-même ?
Trois vidéos Facebook et un professeur qui n’a rien tourné
Dans leur communiqué du 5 octobre 2026, les deux institutions signalent trois vidéos diffusées sur Facebook sans le consentement du médecin. Elles mettent en scène le Pr Renaud Piarroux, parasitologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et professeur à Sorbonne Université, présentant un produit antiparasitaire à l’efficacité jamais démontrée.
Le montage ne se contente pas du médecin. Il ajoute une fausse interview de la présentatrice de TF1 Anne-Claire Coudray et le témoignage d’une femme de 82 ans prétendument guérie, elle aussi inventée. Selon les deux institutions, il s’agit « incontestablement d’un montage réalisé par intelligence artificielle ».
L’AP-HP a porté plainte et demandé le retrait des contenus à Meta. Les trois vidéos d’origine ont disparu, mais des copies très proches continuent de circuler, d’après Le Parisien, parfois avec des blouses ou le logo d’un hôpital parisien. Il faut donc démêler ce qui, dans ces images, relève du réel.
Ce qui est vrai, ce qui est truqué, ce qui reste indécidable
Les éléments publiés par l’AP-HP, Sorbonne Université et la presse permettent de trancher point par point sur ces vidéos :
- vrai : le Pr Renaud Piarroux existe bien et exerce en parasitologie à la Pitié-Salpêtrière, ce qui rend la mise en scène crédible ;
- truqué : son visage, sa voix et chacun de ses propos, générés par intelligence artificielle selon le communiqué du 5 octobre 2026 ;
- truqué : l’interview d’Anne-Claire Coudray et le témoignage de la patiente de 82 ans, deux personnages de décor ;
- indécidable : la composition réelle du produit vendu et l’identité des auteurs, qui opèrent souvent depuis l’étranger.
Le verdict est donc net : ces vidéos sont des faux intégraux, construits autour d’un vrai nom pour emprunter sa crédibilité. Le produit, lui, n’a aucune validation connue, et c’est précisément ce flou qui doit alerter. Encore faut-il comprendre comment un tel faux se fabrique.
Une fabrication à la portée de n’importe quel escroc
Quelques minutes d’une conférence filmée ou d’un passage télévisé suffisent aujourd’hui à cloner un visage et une voix. Les outils d’IA générative recalent ensuite les lèvres sur un texte écrit par le fraudeur. Le décor de cabinet médical est souvent lui aussi synthétique, ce qui explique ces bureaux trop propres et ces affiches anatomiques un peu floues.
Meta elle-même reconnaît la difficulté. En annonçant en mars 2025 un système de reconnaissance faciale contre ces publicités, l’entreprise décrivait des contenus « conçus pour paraître authentiques ». Plus d’un an et demi plus tard, les vidéos signalées par l’AP-HP réapparaissent après chaque retrait. Le cas du Pr Piarroux n’a d’ailleurs rien d’un coup d’essai.
Le précédent Serge Hercberg et la chaîne Santé Sage
En février 2026, le professeur de nutrition à l’origine du Nutri-Score découvrait sur YouTube une chaîne baptisée Santé Sage. Il y apparaissait en blouse, son nom brodé sur la poche, livrant des conseils douteux sur la santé des os et du cerveau des seniors. Selon son décompte rapporté par Egora, 32 deepfakes avaient été mis en ligne depuis le 31 décembre.
Des vidéos circulent sur Internet usurpant mon image, ma voix et mon identité.
Serge Hercberg, professeur de nutrition à l’origine du Nutri-Score, dans un message publié sur LinkedIn et rapporté par Egora le 11 février 2026
Après un signalement sur Pharos et une plainte, la chaîne a été supprimée le 10 février. Le scénario se répète à l’identique huit mois plus tard avec l’AP-HP, preuve que chaque médecin médiatisé est une cible potentielle. D’où l’intérêt de savoir repérer seul les signaux d’alerte.
Les signaux qui trahissent un faux médecin en vidéo
Avant de croire une vidéo de ce type, quelques vérifications simples suffisent souvent à la démasquer :
- un médecin qui vend un produit nommément, ce que l’article R4127-21 du Code de la santé publique lui interdit lorsqu’il s’agit d’un remède présenté comme bon pour la santé ;
- un hôpital public en arrière-plan, alors que l’AP-HP rappelle ne faire aucune promotion commerciale sur les réseaux sociaux ;
- une vente hors pharmacie, quand un produit efficace passe par une validation de l’ANSM et un circuit officiel ;
- des lèvres légèrement décalées, une voix monocorde ou un regard qui cligne trop peu ;
- une recherche du nom du médecin et du mot arnaque qui fait remonter un démenti ou un communiqué.
Aucun indice visuel n’est infaillible, car les outils progressent vite. Le meilleur réflexe reste celui qu’on applique pour résister aux modes en santé : remonter à la source avant de croire l’image, comme pour une vidéo virale mal interprétée.
Signaler la vidéo et ce que risquent ses auteurs
Sur Facebook, le menu de signalement propose les rubriques « Arnaque ou fraude » puis « Fausse publicité pour un produit de santé ». En parallèle, la plateforme Pharos du ministère de l’Intérieur reçoit les signalements, et le numéro Info Escroqueries, le 0805 805 817, répond gratuitement aux victimes. Un achat déjà réglé auprès d’un vendeur douteux peut aussi passer par la plateforme SignalConso.
Côté sanctions, l’article 226-8 du Code pénal, renforcé par la loi du 21 mai 2024, punit le montage réalisé sans consentement. La peine atteint deux ans de prison et 45 000 € d’amende lorsque la diffusion passe par un service en ligne. Ces poursuites restent toutefois théoriques quand les fraudeurs agissent depuis l’étranger, ce qui déplace la protection vers la vigilance de chacun.
Une blouse blanche ne garantit plus rien
Pendant des décennies, un visage connu et une blouse suffisaient à rassurer. L’AP-HP et Sorbonne Université rappellent que l’image d’un professionnel de santé « ne constitue en aucun cas une garantie de l’authenticité », et ce renversement change la façon de s’informer sur sa santé : la confiance glisse du visage vers la source.
Le danger dépasse l’argent perdu. Un traitement efficace abandonné, un diagnostic retardé ou une substance non contrôlée avalée sur la foi d’une vidéo coûtent bien plus cher que le prix du flacon. Avec 32 faux chez Serge Hercberg en six semaines et des copies qui renaissent chez le Pr Piarroux, les proches les plus âgés, premiers visés par ces publicités, sont souvent ceux qui gagneraient le plus à en parler en famille, avant le prochain clip trop convaincant.

